Bilel Alaoui est un jeune tunisien, informaticien de formation mais passionné de théâtre, il répare une vieille 404 et la transforme en scène mobile.

Berceau de la révolution tunisienne, la région de Kasserine à la frontière algéro-tunisienne reste parmi les plus marginalisées du pays et cumule les difficultés, avec une menace terroriste devenue banale. Presque tous les mois, les habitants entendent parler d’un citoyen qui a accidentellement mis le pied sur une mine ou d’une confrontation entre l’armée et des terroristes dans les montagnes alentour.

C’est justement là que vit Bilel Alaoui. Depuis 2016, il parcourt la Tunisie pour se rendre dans les villages les plus inaccessibles et démunis qui soient. À bord de sa 404 bachée de l’espoir qu’il a transformée en théâtre, il joue dans des écoles et pour des enfants qui n’ont pour la plupart aucun accès à la culture. Certains n’ont jamais vu de spectacles, d’autres ne connaissent ni le clown ni la marionnette. Bilel transporte toujours avec lui des cadeaux, des jouets et des affaires scolaires. Il explique être tombé sur des enfants qui ne savaient pas ce qu’était le chocolat, qui n’avaient même jamais vu une route goudronnée.

Bilel n’est pas comédien, ni metteur en scène, mais le théâtre et l’art sont ses passions. Il soutient qu’être artiste en Tunisie et vivre de son travail est presque impossible. C’est pour cela qu’il partage son temps entre son emploi d’informaticien près de la mer, et celui d’artiste dans son village natal à l’intérieur des terres. Petite touche d’humour, on remarque l’inscription 404 found à l’avant de la camionnette, en réponse aux nombreux 404 not found du temps de la dictature qui appliquait la censure sur plusieurs sites internet.

La 404 bâchée de l’espoir n’est pas sa seule invention, il parcourt aussi les villages à vélo pour réduire le coût de l’essence, traînant une petite scène à l’arrière de ses roues. Créatif, il bricole un frigo et en fait une bibliothèque gratuite – le bibliogidaire – qu’il installe au cœur du village. Pour ses spectacles, Bilel n’est pas seul puisqu’il a rassemblé plusieurs comédiens qui l’accompagnent lors de ses interventions. Au programme : du clown, du théâtre de marionnettes, de la musique.

À Majel Bel Abbès, dans le gouvernorat de Kasserine, il a aussi ouvert le centre culturel Vénus des Arts dans lequel il organise des cours, des concerts et des spectacles accessibles à tous et ouvert 24h/24. N’ayant presque aucune aide de l’État, aucune subvention pour améliorer sa camionnette et le coût du carburant étant assez élevé, Bilel s’est vu contraint de ne la sortir qu’à de rares occasions. Il se bat tous les jours contre le mythe de l’artiste élitiste et indifférent, et pour faire vivre son slogan : la culture partout et pour tous.