À la frontière algérienne, le village de M’hamid El Ghizlane accueille chaque année un festival de musique nomade, au cœur du Sahara.

 ⵜⴰⵔⴳⴰⵍⴰ

Antoine de Saint-Exupéry est à l’honneur cette année lors du festival Taragalte. On y célèbre ses écrits, ses pensées, sa réflexion sur l’humanité.

À l’origine, le festival Taragalte s’apparentait à la tradition du moussem qui, dans l’oasis de M’hamid (anciennement nommé Taragalte), marquait la fin de la saison des dattes et célébrait le retour des caravanes du désert. Autrefois, ce village marquait une étape dans le commerce transsaharien, notamment vers Tombouctou.

Depuis neuf ans, fin octobre, le village de M’hamid accueille de nouveaux visiteurs. Ce sont ceux qui ont entendu parler de ce festival de musique nomade qui se jouerait là, sur les confins algéros-marocains. Pourtant, en début de semaine, quatre jours avant le début du festival, il n’y a pas grand monde. Seulement les organisateurs, quelques journalistes et les musiciens. Il est dès lors plus simple de goûter à la tranquillité du désert et de profiter des musiciens venus des frontières africaines, dans ce campement fabriqué pour l’occasion, à quelques kilomètres du village.

Chaque année, le festival porte sur un thème précis et en 2018, Antoine de Saint-Exupéry est à l’honneur grâce à une exposition de son oeuvre sous la tente principale, rythmé aussi de conférences et d’échanges au sujet de l’écrivain tombé amoureux du désert au cours de ses longues nuits d’avion à le survoler. En fait, nous célébrons les 75 ans de la parution du Petit Prince, l’ouvrage le plus traduit au monde après La Bible. Ses écritures et sa réflexion sur l’homme et l’univers résonnent fortement ici, entre les dunes de sables aux horizons infinis.

Les musiciens répètent en attendant le public qui arrivera d’ici quelques jours, et on peut déjà lire dans les yeux de chacun la magie du désert et des traversées silencieuses. C’est un véritable échange culturel et spirituel auquel nous assistons. Tous viennent de plusieurs endroits du désert : le Sahara de Libye, celui d’Algérie mais aussi du Mali ou de Mauritanie. Les femmes profitent de cet événement pour présenter leur artisanat, et les hommes installent déjà des bivouacs à l’intention des visiteurs qui voudraient dormir sur place.

Le temps semble s’être figé dans quelque chose de peu commun. Le festival a commencé et la venue des centaines de touristes brise un peu la tranquillité que nous avions découverte, mais il est toujours possible d’aller marcher un peu plus loin dans le sable en attendant les premiers concerts à la nuit tombée. Cette année, nous avons la chance de découvrir sur scène des artistes comme Amazigh Blues, Daraa Tribes, Génération Taragalte, Kader Terhanine, Oum ou encore le groupe mythique Tinariwen, prévu le dernier soir. Le festival a également organisé un échange musical entre un musicien afro-américain du Missisipi, Vasti Jackson, et les musiciens de la région.

Après les concerts, lorsque la nuit noire est tombée et que les étoiles ont fait leur apparition, la plupart des touristes repartent dans le village et le site du festival redevient plus intimiste. On allume un feu, on se laisse tomber sous les étoiles, et parfois des personnes s’improvisent conteurs. Voilà une situation originale, celle d’entendre un malien raconter Mère Courage de Bertolt Brecht en faisant un parallèle avec la situation du Mali. Les poèmes continuent, un oud fait son apparition pour accompagner les conteurs. Tout le monde se tait et chacun écoute.

Le dernier jour, les rumeurs commencent à tomber. Le festival peine à se lever. En fait, on n’y voit plus grand chose. L’horizon est devenu beige et lorsqu’on se risque à mettre un pied dehors, ce sont des centaines de grains de sable qui se mettent à nous piquer la peau. Le vent se lève et devient de plus en plus violent au fil de la journée. Les touristes ont décidé de déserter les lieux. Impossible de tenir un stand, impossible de jouer dehors, la seule solution est d’occuper la tente principale – pas si grande pourtant – et de jouer de la musique. Il y a une légère atmosphère de fin du monde à Taragalte. La tempête de sable s’est levée et le peu de personnes à être restées sont recroquevillées sous la tente, on improvise des petits concerts sur deux mètres carrés et on essaye de profiter quand-même. Le jour est passé et on aurait pu penser que le festival se terminerait ainsi. Il n’y a presque plus personne et pourtant, lorsque la nuit tombe, le vent s’est enfui. La scène a déjà été démontée mais on ne peut pas laisser passer la belle occasion qui s’offre : celle de profiter d’un dernier concert, et pas des moindres, Tinarewen. Les algériens du désert joueront en petit comité sous les étoiles sur une petite scène improvisée à l’extérieur, pour le bonheur de tous. Le désert nous rappelle alors que nous sommes bien peu de choses face à la nature, qu’on ne peut pas tout contrôler même si notre cerveau d’humain aimerait tout posséder, qu’il faut apprendre à accepter l’imprévu.

« Je ne comprends plus ces populations des trains de banlieue, ces hommes qui se croient des hommes, et qui cependant sont réduits, par une pression qu’ils ne sentent pas, comme les fourmis, à l’usage qui en est fait. De quoi remplissent-ils, quand ils sont libres, leurs absurdes petits dimanches ? »

Antoine de Saint-Exupéry

Le site du festival : http://www.taragalte.org/fr/