À Zarzis, un ancien agent de La Poste collecte plus de 250 000 objets retrouvés sur les plages et dans la mer.

«Je voulais communiquer ma colère déterminée, irrévocable, à essayer de trouver une solution, à essayer d’aider et de dénoncer.»

Lihidheb n’est pas comme les autres. Il est passionné par l’humain et son histoire. Chaque objet qu’il collecte représente pour lui un témoignage du passage de l’humanité, une trace de nos ancêtres et ces récoltes peuvent attester de la beauté comme de la laideur de notre espèce. Au début des années 2000, il entre dans le Guiness Book des records.

Depuis l’âge de quarante ans, Lihidheb s’est pris pour passion de collecter tout déchet qui pouvait s’échouer sur les plages de sa ville, il partait également dans le désert tunisien afin de récolter fossiles et objets antiques. Cet ancien postier en a fait une sorte de musée, Mémoire de la mer, dans lequel il expose toutes les pièces qu’il a pu récupérer depuis vingt-cinq ans. Au départ donc, il ne savait pas vraiment pourquoi il faisait ça, il n’y avait pas de but, pas tellement d’idée derrière l’action.

« J’avais un grand respect pour tout ce qui venait de la mer, des vagues, du coucher de Soleil. »

Il réalise que ces déchets qu’il ramasse ont d’abord et avant tout été utiles à l’Homme et lorsqu’il les entrepose dans son jardin, il décide de créer des formes avec et de leur donner une expression, un sens. Il accompli ainsi environ deux cent créations artistiques. Puis, petit à petit, en vient à protester contre les grands groupes industriels qui investissent les zones sauvages. Il prend alors conscience de son environnement et lutte à le protéger par ses installations artistiques et les poèmes qu’il écrit et met en ligne sur son blog personnel.

« La Nature se faisait sans les hommes. »

Parmi les milliers d’objets trouvés, il compte 59 bouteilles à la mer dans lesquelles se cachent des messages, des lettres, des appels au secours. Il entretient toujours une correspondance avec une de ces personnes. Lui-même en envoie régulièrement.

Et puis un jour, comme on pourrait s’y attendre, ce ne sont plus des objets qu’il retrouve mais des corps. Les corps de migrants morts en mer et leurs affaires. Un sac à dos, une chaussure, un gilet. De l’argent. Des ossements. Ému et choqué, il continue pourtant ses mises en espace d’objets pour sensibiliser et dissuader.

« Le croyant n’est pas celui qui est rassasié alors que son voisin a faim. »

Le blog de Lihidheb : https://zarziszitazarzis.blogspot.com/2019/05/boughmiga-president.html?spref=tw